Tribune

Bio valeur en hausse

Le bio n’est plus une économie de niche : le travail y est désormais rémunérateur et les perspectives bien réelles. C’est ce que nous explique Philippe Lassalle-Saint-Jean, président d’Interbio qui réunit de façon transversale les agriculteurs, coopératives, entreprises de transformation et distributeurs. Regard d’un pionnier.

Suzanne BOIREAU-TARTARAT - 26 mars 2019
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La Vie Économique : Faut-il parler de révolution ou d’évolution bio ?

Philippe Lassalle-Saint-Jean : « Nous abordons certainement une vie adulte, nous commençons à être respectés et reçus comme un signe de qualité important. La bio n’est plus une économie de niche : le travail est rémunérateur, les perspectives réelles. Interbio est reconnu au même titre que d’autres organisations professionnelles. La bio s’inscrit dans le paysage de manière durable… Je préfère une bio qui continue à se construire pas à pas, mais avec une croissance à deux chiffres. Le travail fait en 10 ans est incroyable : il n’était pas évident de devenir de bons commerçants en plus d’être de bons producteurs. L’éducation, voire la rééducation, est essentielle : depuis 25 ans, se nourrir était devenu un acte banal, basé sur le seul prix. Celui-ci nous est souvent opposé. Les matières premières coûtent parfois 3 fois plus cher : la transparence est comprise et les consommateurs, de plus en plus avertis, nous suivent. Le capital de sympathie est énorme. Mais les réseaux sociaux nous enseignent qu’on peut vite monter ou démonter quelqu’un. Aussi, je me réjouis qu’il existe des contrôles rigoureux : certains nouveaux acteurs pensent qu’on peut travailler dans la bio sans être notifié ou certifié. Il en va de notre crédibilité d’être contrôlés par des organismes indépendants et par les services de l’État. Lorsque le marché devient rentable, il attire des intérêts qui ne sont pas seulement motivés par l’éthique. Ceux qui participent aux réunions de l’interprofession comprennent que la bio repose d’abord sur des valeurs. »

LVE : Quelle est la situation régionale ?

Ph. LSJ :« La bio régionale est possible, les chiffres le montrent et il convient d’accompagner les acteurs, à chaque niveau. Cette croissance est à un tournant car la bio affirme sa présence sur ses marchés habituels comme dans les salons conventionnels. La grande distribution indique volontiers que c’est le secteur qui s’y développe le plus et que le principal reproche concerne l’origine de ces produits : le challenge consiste à structurer les filières locales pour répondre au marché. La loi Alimentation, qui introduit 20 % de bio dans la restauration collective, va nous permettre de fournir tout en contribuant à l’éducation au bio : j’en rêvais et elle existe enfin ! Même si notre guide des groupements de producteurs et des entreprises de Nouvelle-Aquitaine grossit chaque année, il est temps d’inciter à la conversion dans cette nouvelle perspective, car cela prend 3 ans. Les chiffres de la bio font rêver. Qui pouvait ainsi croire, il y a encore 10 ans, que le domaine viticole girondin serait à 9,6 % bio ? »

LVE : Bio et local, même combat ?

Ph. LSJ : « La croissance verte est à associer à la notion de proximité. Dans la bio, nous parlons le même langage : on sait qu’il n’est pas nécessaire d’aller chercher ailleurs ce qu’on peut trouver ici. Le label « Territoire bio engagé » concerne 140 collectivités, du fait de leur surface agricole ou via la restauration collective, comme à Mussidan où nous serons pour le forum*. Ce label va être décliné en Occitanie et d’autres régions attendent pour signer la concession. On ne peut pas répondre à la demande pour tout localement et il faut prendre en compte les soubresauts du climat. Mais nous pouvons largement assurer. En progressant, la demande décidera ceux qui ne sont pas encore convaincus : c’est la force de l’exemple. Une génération part en ayant fait une histoire, une autre arrive qui veut écrire la sienne. En bio. »

* Périgueux a reçu le 15 mars ce label attribué par Interbio.