Tribune

L’Afrique c’est maintenant !

Le phénomène est désormais bien connu et établi depuis ces dernières années : l’Afrique bouge et connaît une dynamique économique sans précédent. Aïcha Sangaré, conseillère de la CCI Côte d’Ivoire pour la Nouvelle-Aquitaine, nous éclaire sur ce continent riche d’opportunités.

Vincent ROUSSET - 18 mai 2019
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La Vie Économique : Quelle est votre perception de cette dynamique que connaît l’Afrique ? 

Aïcha Sangaré :« L’Afrique est diverse. Nous parlerons plutôt des pays africains. En effet, l’on assiste à un développement des pays africains dans un contexte international de grande mutation sociale, économique et environnementale qui touche également le continent. Nous sommes à l’ère de la civilisation digitale et les nouveaux modes de communication devraient permettre le développement de nouveaux marchés. Cette mutation est certainement l’opportunité pour les pays africains de redéfinir des nouveaux modes de coopération.

Les pays africains sont le réservoir mondial des matières premières (fossiles, minières etc.), ce qui suscite aujourd’hui un intérêt planétaire. Cela implique des indicateurs de PIB importants. Mais si on analyse la situation au regard du PNB, les chiffres sont très bas liés au manque de lignes de crédit aux sociétés locales. Le développement des pays africains doit tendre aujourd’hui vers le développement des économies locales pour endiguer la problématique de l’immigration. Il passe également par l’éducation et la formation. »

LVE : Quelles sont les forces et les faiblesses globales de l’Afrique selon vous ?

A.S. :« Il est indéniable que les matières premières boostent les indicateurs mais il y a malheureusement très peu de valeur ajoutée par manque d’unités de transformation.

La première force des pays africains est sa jeunesse qui s’est emparée des nouvelles technologies et développe de nombreux outils d’innovation et prend de nombreuses initiatives. Avec 200 millions d’habitants âgés de 15 à 24 ans, l’Afrique a la population la plus jeune au monde. Selon les organismes évaluant les perspectives économiques, ce chiffre devrait doubler d’ici à 2045. Il apparaît néanmoins un taux de chômage inquiétant de cette jeunesse qui est souvent mis en parallèle avec la croissance économique rapide du continent. Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), le taux de chômage en Afrique subsaharienne est de 6 %, alors que 6 des 10 économies à la croissance la plus rapide du monde se trouvent dans cette région. Ce taux peut ne pas sembler très élevé par rapport à la moyenne mondiale d’environ 5 %. Mais dans la plupart des pays africains, le chômage des jeunes « est au moins deux fois supérieur à celui des adultes », souligne la BAD. »

LVE : France et Afrique sont historiquement liées. Que peuvent-elles s’apporter mutuellement ? Une nouvelle relation entre la France et l’Afrique est-elle possible ?

A.S. :  « De manière évidente, la France est liée au continent africain de par son histoire coloniale. Pourtant sa réalité et son intérêt se réduisent au fur et à mesure que le temps passe. L’Afrique se développe et multiplie ses alliances.

En Afrique, surtout francophone, les liens historiques, fondés à la fois sur la langue, l’histoire et la culture sont à même de justifier une coopération particulière mutuellement profitable pour les États, les peuples, les administrations, les entreprises pour la France et les pays africains. Les diasporas africaines deviennent aujourd’hui des acteurs importants dans la redéfinition des relations entre la France et l’Afrique. Bordeaux est devenue la ville qui, depuis plusieurs années, à l’initiative de Pierre de Gaëtan Njikam, adjoint au maire, organise les Journées Nationales des Diasporas Africaines.

La culture du dialogue est également à réfléchir dans le cadre des échanges France-Afrique. Au travers de ma fonction, j’essaie de favoriser une meilleure connaissance de la Côte d’Ivoire en développant les échanges entre les institutions. La CCI Côte d’Ivoire et la CCI de Bordeaux ont déjà des liens renforcés de partenariat.

Les femmes également, auront dorénavant un rôle important dans le renouvellement des relations entre la France et l’Afrique. À ce titre, j’ai à cœur de favoriser les liens entre les instances de réseaux des femmes chefs d’entreprise en France et les réseaux des femmes chefs d’entreprise en Côte d’Ivoire et en Afrique. Le collectif des Femmes des Diasporas Africaines (FEDA), dont je suis vice-présidente aux côtés de Nancy Traoré (conseillère municipale au Bouscat) et de Chantal Hagnis, assistante au pôle Europe au Conseil Régional, agit pour valoriser les talents au féminin des diasporas africaines. D’autres acteurs des diasporas sont très efficients sur le territoire bordelais.

La France et les pays africains peuvent s’apporter mutuellement pour un développement harmonieux, durable et inclusif. »

LVE : Vous organisez pour la 2ème fois les Journées économiques de la Côte d’Ivoire à Bordeaux. Quel est le but de l’opération ?

A.S. : « En effet, à l’initiative de l’association des Ivoiriens de Bordeaux (AKWABA) sous le parrainage de la CCI Côte d’Ivoire en partenariat avec la CCI Bordeaux-Gironde et le CBSOA (Club Bordeaux Sud-Ouest Afrique), les journées économiques de la Côte d’Ivoire à Bordeaux se dérouleront du 21 au 24 mai 2019 à Bordeaux en compagnie des acteurs institutionnels et des chefs d’entreprise de Bordeaux et de Côte d’Ivoire. L’occasion de faire connaître le pays et présenter les opportunités d’investissement, favoriser les échanges entre les acteurs ivoiriens et bordelais. L’enjeu est aussi de faire ressortir les talents et les potentialités exploitables pour Bordeaux et la Côte d’Ivoire en y impliquant les acteurs institutionnels et de la société civile. »

LVE : Comment se positionne la Côte d’Ivoire actuellement et quelles sont ses opportunités d’affaires pour les entreprises françaises et bordelaises ?

A.S. : « La Côte d’Ivoire dispose de nombreux atouts économiques et occupe une place prépondérante dans la sous-région ouest africaine. Elle dispose du 2ème port d’Afrique subsaharienne. Premier producteur de cacao au monde avec plus de 35 % du marché, elle dispose d’un rang privilégié pour d’autres productions agricoles d’exportation (caoutchouc, noix de cajou, coton, café, palmier à huile, banane, ananas, cola). L’industrie est dominée par le raffinage de pétrole brut, le BTP et la transformation agroalimentaire. Le secteur tertiaire (47 % du PIB) regroupe les activités bancaires, les transports, la distribution ainsi que les TIC, dont la téléphonie mobile (5 opérateurs). Le pays assure son autosuffisance énergétique grâce à l’exploitation depuis quelques années de gisements de gaz et de pétrole. Ce qui lui permet d’exporter de l’électricité et des produits pétroliers dans la sous-région. De nombreuses opportunités d’investissement existent donc. À cet effet, la CCI Côte d’Ivoire organise le forum économique Africallia du 12 au 14 juin prochain à Abidjan. Cela permettra aux entrepreneurs africains de se rencontrer non seulement entre eux mais aussi de rencontrer ceux venus des autres continents et notamment des Bordelais afin d’explorer ensemble les éventuelles opportunités d’affaires. »