Tourisme

Les “experts en vacances”

Invités par le Comité du Tourisme de Dordogne, Jean-Pierre Nadir, fondateur d’Easyvoyage.com et Michel Durrieu, directeur du Comité régional du tourisme, ont apporté leur expertise sur l’évolution des pratiques.

Suzanne BOIREAU-TARTARAT - 27 novembre 2019
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Jean-Pierre Nadir, après la presse magazine dédiée aux voyages, a rapidement orienté son activité vers le web tout en préservant le contenu éditorial qui fait la différence de sa plateforme, avec une équipe mêlant profils touristiques et développeurs.  « Nous étions seuls sur le créneau au début, puis est arrivé google flights, et tous les autres. » Il est encore le 6e site de voyage, avant ou après le Routard, selon les années, tous deux se différenciant par leur parti-pris éditorial.

Le e-tourisme constitue une grosse part du e-commerce. Sur ce créneau, « l’essentiel de la pub est préempté par Google, Facebook, Booking et Expedia. » Le web-service est indissociable du contenu, de l’expérience et du récit : donner envie, c’est tout le propos des bloggeurs et influenceurs si recherchés pour partager une qualité d’information qui passe par la vidéo et la photo. « Les gens ne supportent plus de chercher », assure Michel Durrieu. Les comités de tourisme doivent sans cesse travailler sur de nouvelles sources digitales, aller chercher les bonnes cibles. « On a démocratisé le voyage, si bien qu’on ne devrait plus parler d’agence de voyage car ça ne suffit pas », poursuit Jean-Pierre Nadir. « Il faudrait plutôt les désigner « experts en vacances » : le client se sent plus informé que le professionnel et il faut donc vendre de l’agilité, de l’expertise. » Le nombre d’agences est en train d’augmenter de nouveau aux Etats-Unis, tout comme le volume d’affaires, car les touristes ont besoin de se réassurer dans un environnement de sources dissonantes. Il convient donc de réorienter le client vers « la bonne porte d’entrée ». Même la notion de tarif ne veut plus rien dire car personne ne paie le même prix pour un billet d’avion. Le critère météo prime pour les décisions de dernière minute et on a ainsi vu, en cet été caniculaire, la Bretagne devenir tendance au détriment du Var, avec 1000 euros d’écart sur un séjour comparable. 

22 000 MAISONS D’HôTES AU CŒUR DES TERRITOIRES
Avec le web, le client recherche désormais une destination et ce qu’il y a autour, ce qui peut donner une chance à des territoires qu’on aurait de prime abord écartés et qui trouvent un intérêt parce qu’ils sont dans un rayon de 3 h du point d’ancrage choisi. Le conseil final de Jean-Pierre Nadir s’adresse aux élus « pour valoriser le patrimoine » mais aussi « ré-enchanter les centres villes ». Il voit dans les 22 000 maisons d’hôtes qui ont fleuri en France la meilleure offre « au cœur des territoires, tenues par de vrais ambassadeurs des produits locaux ». Aux professionnels hôteliers qui se sont émus dans la salle, il assure qu’il s’agit surtout de contrer l’imposture que représente parfois Airbnb. Michel Durrieu conclut pour sa part en évoquant la qualité de service, une façon de structurer l’offre pour gagner du temps à l’heure des réservations de dernière minute. « Les touristes ont beaucoup changé, il faut leur parler autrement. » Vite et bien.